Tu en as tant quitté
et laissé à l 'arrière
De ces maisons louées
devenues familières
Et des chambres d 'amour
et des lits partagés
Dans des maisons louées s
'achevait ton enfance
Et s 'usait des bagages que
tu ne fais pas mieux
Tu n 'auras rien gardé
de tes maisons qui passent
Tu aimes la fenêtre, le lit,
l 'étagère
Et ce tableau pensif qui te semblait à toi
Mais que dans ta valise tu ne regardes pas
Il est à ses cloisons, il est à sa maison
Comme ton chat qui tremble
sur ta valise ouverte
De tes maisons louées,
tu t 'en vas d 'un air fier
Tu te crois regretté en
partant la première
Dans ces maisons louées,
tu laisses derrière toi
Deux, trois ans de ta vie et
un peu de ta voix
Le soleil dans ce coin
avait un drôle d 'air
Et la pluie sur la vitre à l 'autom
ne faisait un drôle de bruit
Tu ne reverras plus ce soleil,
étrangère que tu es à toi -même devenue,
et tu n 'entendras plus ce doux bruit de gouttières,
ni ce rythme précis, tu ne reviendras plus.
Ne le dis pas trop fort, dis -le entre tes dents,
mais sache -le quand même,
cette fois est la dernière que tu descends la mar che,
celle -ci, la même qu 'elle était avant -hier,
Et qu 'elle sera demain sous un pied
qui sera un autre que le tien
De tes maisons louées tu t
'en vas d 'un air fier
Tu te crois regretté en
partant la première
Dans ces maisons louées tu
laisses derrière toi
Deux, trois ans de ta vie et
un peu de ta voix
Adieu maison, adieu cloison, adieu mur familier,
adieu portes ouvertes sur mon corps re fermé,
adieu, rappelle -toi, ce bonheur fou furieux là,
d 'ici l 'autre est parti, et là tu as gêné,
là -bas un peu plus loin, tu as ri d 'un troisième,
tu t 'es même juré de refrainer ta vie,
Adieu le rideau effrangé à l 'aurore
Et le parquet qui glisse et le disque rayé
Et le coin de la chambre
que le chat saccagé
Tu ne croiras jamais cette personne -là
Qui veut rester partout et
ne quitter jamais
Ni les ports provisoires,
ni les maisons louées
Cette femme bizarre,
enfantine et ratée
Mais qui te suit partout
et te fait des reproches
Et quand même devant qui parfois
tu te sens un peu gauche
Comme si en batouillant et
se prenant les pieds
Et en se cramponnant à
tes maisons louées
Elles te re -répétaient
un air qui est le sien
Celle, celle que de bail en bail,
de quartier en quartier
Toi tu fais tout pour fuir,
tu fais tout pour nier
Mais qui te suit partout et qui te fait pitié
Et qui es -toi, mon ange,
et qui l 'est à jamais,
Et qui sera partout dans
tes maisons louées,
Assise à t 'attendre seule sur le palier.
Et qui sera partout dans tes
maisons louées,
Assise à t 'attendre seule
sur le palier.
Sous